Noûh (Noé paix sur lui) répond à trois accusations à travers ce verset :
1_qu’il se prétendrait riche,4_qu'il ait accepté dans son rang des croyants pauvres (mal vêtu).
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| Sourate 11 (Hûd), Verset 31 |
Noé (paix sur lui) rappelle qu’il n’a pas accès à l’invisible (al-ghayb), une science que seul Allah détient. Contrairement aux attentes de son peuple, un prophète n’est pas un devin ou un magicien mais un guide spirituel.
Introduction
La Sourate Hûd contient de nombreux passages relatant les récits des prophètes, notamment celui du Prophète Noé (Nûh عليه السلام). Le verset 31 de cette sourate met en lumière la réponse de Noé à son peuple, lorsqu’il fut accusé à tort d’arrogance, de recherche d’intérêts matériels ou encore de prétendre à des pouvoirs surnaturels.
Ce passage coranique est d’une grande importance car il enseigne l’humilité du messager d’Allah et la nature pure de la mission prophétique.
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| Tafsir Al-Qurtubî et Tafsîr Al-Wassît de l'imam Tontonwî |
Analyse et explication du verset :
Noé (sur lui la paix) entreprit alors de réfuter leurs faux arguments, de dénoncer leurs mensonges et de leur expliquer la vérité de sa mission. Il dit :
« Je ne vous dis pas que je possède les trésors d’Allah, je ne connais pas l’inconnaissable et je ne prétends pas être un ange… »
Les trésors (الخزائن) sont le pluriel de khizâna (خزانة), qui désigne l’endroit où l’on conserve l’argent, la nourriture ou toute autre chose précieuse pour la protéger de la perte. Ici, il s’agit des multiples bienfaits et subsistances qu’Allah accorde à Ses serviteurs. Ils sont attribués à Allah, exalté soit-Il car ils Lui appartiennent exclusivement.
C’est-à-dire : je ne prétends pas que la prophétie qu’Allah m’a accordée me donne le pouvoir de posséder les trésors de Ses subsistances au point de devenir riche et de donner à qui je veux sans limite. Non ! Je ne possède rien de tout cela. Je suis seulement un serviteur d’Allah et Son messager. Il m’a envoyé pour vous faire sortir des ténèbres de la mécréance vers la lumière de la foi.
Cette noble déclaration est une réponse à leur parole : « Nous ne voyons aucune supériorité de ta part sur nous ».
De même, je ne vous dis pas que je connais l’invisible réservé à la science d’Allah afin de revendiquer un pouvoir que l’homme n’a pas, ou de prétendre avoir un lien avec Allah autre que celui de la prophétie. Je ne prétends pas non plus pouvoir juger des cœurs et du rang des gens auprès d’Allah comme vous l’avez fait en disant : « Nous ne voyons suivre ton message que les plus misérables d’entre nous, à première vue ».
De plus, je ne dis pas que je suis un ange. Je suis un être humain comme vous, je mange de ce que vous mangez et je bois de ce que vous buvez. Seulement, Allah m’a choisi parmi vous pour la prophétie. Et l’humanité n’est pas une contradiction avec la prophétie, contrairement à ce que vous prétendez quand vous dites : « Tu n’es qu’un homme comme nous ».
Et Noé (sur lui la paix) ne se contenta pas de réfuter leurs allégations mensongères, mais il ajouta encore comme le rapporte le Coran :
« Je ne dis pas de ceux que vos regards méprisent : Allah ne leur accordera jamais aucun bien. Allah connaît mieux ce qu’il y a dans leurs âmes. Si je disais cela, je serais certes du nombre des injustes. »
Le terme « تَزْدَرِي أَعْيُنُكُمْ » (vos yeux méprisent) vient du mot izdirâ’ (ازدراء), qui signifie rabaisser, dénigrer, mépriser. On dit : untel a méprisé un tel lorsqu’il l’a considéré inférieur et l’a dénigré.
Autrement dit : je ne prétends pas posséder les trésors d’Allah, ni connaître l’invisible, ni être un ange et je ne prétends pas non plus au sujet de ceux que vous regardez avec mépris et dédain qu’Allah ne leur accordera jamais aucun bien. Bien au contraire : Allah, exalté soit-Il, leur en donnera s’Il le veut, car Lui seul connaît ce qu’il y a dans leurs cœurs, de bien ou de mal. Quant à moi, je ne connais d’eux que leurs apparences qui témoignent de leur foi et de leur sincérité. Si je disais autre chose, je serais injuste envers moi-même et envers eux.
Allah a attribué le mépris aux yeux, dans l’expression « تَزْدَرِي أَعْيُنُكُمْ », pour insister et montrer qu’ils les ont jugés méprisables dès le premier regard, simplement en voyant leur pauvreté et leur apparence modeste, sans réfléchir à leurs qualités intérieures et à leurs vertus. C’est un style rhétorique (majâz ‘aqlî) où l’on attribue une action à sa cause apparente.
Dans l’histoire de Noûh عليه السلام, le Coran nous rapporte que certains notables de son peuple méprisaient les croyants pauvres qui l’avaient suivi. Leur logique était simple mais injuste : « Comment ces gens modestes, sans richesse ni influence, pourraient-ils être choisis pour recevoir la guidance divine ? » Ils exigèrent donc de Noûh qu’il les rejette, pensant que la foi devait être réservée à une élite.
Mais Noûh عليه السلام, en véritable Prophète et éducateur, refusa catégoriquement. Il rappela une vérité éternelle : seul Allah connaît la valeur des cœurs. La noblesse ne se mesure ni à la richesse ni aux apparences, mais à la sincérité de la foi et à la pureté intérieure. Exclure un croyant en raison de son statut social serait une injustice, une forme d’arrogance que Dieu déteste.
Ce récit trouve un écho dans la parole du Prophète Mouhammad ﷺ :
« Il est des hommes aux cheveux ébouriffés, repoussés des portes, mais s’ils juraient par Allah, Il exaucerait leur serment. »
Rapporté par Muslim (n°2622, Tome 8), d’après Abou Hourayra رضي الله عنه.
Ces croyants peuvent paraître insignifiants aux yeux du monde : vêtus simplement, ignorés, parfois même rejetés. Pourtant, auprès d’Allah, ils sont honorés. Leur sincérité, leur humilité et leur foi valent bien plus que tous les titres et richesses accumulés.
Et Noé (sur lui la paix) a confirmé ses propos « Je serais alors du nombre des injustes » par plusieurs formes d’insistance, afin d’établir que toute personne qui se permet de telles prétentions est dans l’injustice et pour contredire ces mécréants qui méprisaient les croyants et affirmaient qu’Allah ne leur accorderait aucun bien.
Ainsi, Noé (sur lui la paix) expliqua à son peuple avec sagesse et douceur la vérité de sa mission et détruisit leurs faux arguments. Et lorsqu’ils se virent incapables de lui répondre par des preuves et des arguments, ils se tournèrent comme à l’accoutumée des gens arrogants vers le défi, dominés par leur orgueil dans le péché et dirent, comme le rapporte le Coran.
Le verset 31 de la Sourate Hûd nous rappelle l’humilité et la sincérité du Prophète Noé (Nûh عليه السلام). Il montre que la mission prophétique ne repose pas sur la richesse, ni sur des pouvoirs surnaturels, mais uniquement sur la guidance et la foi en Allah.
Cette leçon reste universelle : la véritable valeur d’un croyant ne se mesure ni à sa richesse, ni à son statut social mais à la sincérité de son cœur et à son attachement à Allah.
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